Le 23 août 2023.
Comme chaque matin, le convoi reprend sa route, mais ce matin a une saveur particulière, car tous savent qu’ils quittent Dolus-le-Sec et le lieu-dit de Belêtre pour rejoindre leur première grande étape, la ville de Tours en Indre-et-Loire. Leur objectif du jour est de rejoindre le rassemblement de soutien aux militants et militantes de Dernière Rénovation jugés aujourd’hui, le 22 août 2023, et qui se déroule devant le palais de justice de cette même ville.
Pour rappel, Dernière rénovation est un collectif de résistance civile français créé en 2022, avec pour revendication la rénovation thermique des bâtiments. Le 22 mars dernier, cinq militants de ce collectif ont été interpellés et accusés d’avoir recouvert de peinture à l’eau de couleur orange les murs de la préfecture d’Indre-et-Loire.

Arrivé à Tours, le convoi est impressionnant et s’étend sur une bonne distance. Il entre dans la ville sous les regards incrédules et curieux des habitants, dont certains reprennent en chœur l’un des slogans chantés à tue-tête par les cyclistes : « De l’eau pour tous, tous pour l’eau ! » Sous une chaleur de nouveau écrasante, certains participants sautent dans les deux grandes fontaines proches du tribunal pour se rafraîchir et s’octroyer une baignade, moment qu’ils savourent, car suite à la présence de cyanobactéries, de nombreux arrêtés d’interdiction les ont empêchés d’en profiter les jours précédents dans les autres communes traversées.
Une fois séchés, tous purent rejoindre la manifestation dont le but est la dénonciation de la répression qui s’abat tous azimuts sur le mouvement social, des syndicalistes aux activistes de Dernière Rénovation, et assister aux prises de parole des différents groupes présents. Au cours de celle-ci, les Soulèvements de la Terre sont revenus sur la volonté du gouvernement de procéder à leur dissolution, et surtout sur la première décision du Conseil d’État de suspendre cette procédure, avant une décision finale à l’automne. La prochaine décision qu’ils espèrent être en leur faveur. Ils rappellent que la criminalisation peut parfois se retourner contre ses instigateurs et avoir ainsi l’effet inverse à celui attendu, en augmentant les preuves de soutien et les inscriptions à leur mouvement. Ils terminent par donner rendez-vous le 8 septembre à Niort pour « le procès de l’eau ». Un message de soutiens à l’égard de la Baudrière est lancé par la foule suite à la présentation de leur situation faite en commun par tous les collectifs présents.

qu’est ce que « La Baudrière »? Elle se définit elle-même comme « un squat anarcha-féministe trans, pd, gouines », un espace d’habitation, d’organisation politique, de secours ainsi que de soins et se situait depuis novembre 2021 à Montreuil. « Était » car ce 22 août à 6h du matin, la préfecture vient de procéder à leur expulsion avec l’aide d’un effectif d’environ une centaine de forces de l’ordre, composé de la BRI, de la Bac, de la Brav-M. La présence de 3 drones, de techniciens Enedis ainsi qu’un camion de pompiers avec nacelle a été relevée, camion de pompiers qui a finalement servi à déloger les squatteurs qui, pour éviter leur expulsion, s’étaient barricadés sur le toit et jetaient des confettis.
Ce lieu avait été choisi pour accueillir le Convoi de l’Eau le 26 août lors de la dernière étape avant son entrée dans Paris le 27 août. Les participants devaient y rejoindre le festival Les Digitales, commencé le 24 août. Les organisateurs du convoi confirme le maintien de cet événement et donnent quelques détails :
« la force d’organisation et la solidarité entre les lieux est plus forte que la répression : le festival aura bien lieu, hébergé en urgence par La parole errante toute proche. La soirée d’accueil du convoi de l’eau prévue samedi 26 août dans le cadre du festival Les Digitales est donc maintenue malgré l’expulsion de la Baudrière.«
Après ce rassemblement à Tours, il est temps de reprendre la route vers le prochain lieu de rendez-vous de la journée, l’Île de la Métairie. C’est le moment idéal pour profiter de repos à l’ombre des arbres près de la petite plage située le long de la Loire, la baignade y étant interdite. Ils pourront également assister à un spectacle politico-pédagogique qui alterne poésie, récits de luttes précédemment gagnées par le peuple de la Loire et chansons. Ce spectacle se terminera d’ailleurs par la magnifique chanson traditionnelle d’Amérique du Sud popularisée par Henri Salvador, intitulée « Les voleurs d’eau », reprise en chœur. En voici un extrait :
Ils détournent la rivière, là haut, là haut,
Ils se moquent de nos misères, là haut, là haut
Si la soif nous affaiblit
Et si nos sources sont taries
Tous nos troupeaux
Vont périr l’un après l’autre, là haut, là haut
Il faut sortir nos fusils, là haut, là haut,
Il faut lutter pour nos vies
Mais d’abord il nous faut parler
De l’eau, de l’eau, de l’eau
Ayant repris des forces, le convoi se dirige enfin en longeant les bords de la Loire vers le lieu de bivouac choisi pour la nuit à venir, situé à Lussault-sur-Loire. Pour ce faire, il peut profiter et rouler plus sereinement sur une piste autorisée uniquement aux vélos… et aux tracteurs. À l’arrivée, les attend une soirée conviviale et en musique comme ce fut le cas les soirs précédents.
Marjorie Andrès.
