Le 18 août 2023.
Les organisateurs (Bassines non merci, Confédération paysanne) et les représentants de divers collectifs et associations s’étaient donné rendez-vous à Lezay ce jour afin d’accueillir les premiers manifestants venus participer et prendre le départ avec eux du CONVOI DE L’EAU. Ils ont donc pu présenter leurs différentes motivations, revendications et donner un aperçu des actions qui seront menées tout au long de ce grand périple qu’est le CONVOI DE L’EAU.
Les premiers à prendre la parole furent la Confédération Paysanne, rappelant l’importance de leur présence car le sujet inquiète beaucoup leur profession, pour eux « il y a urgence à rouvrir un dialogue pour qu’enfin leurs revendications soient entendues par les responsables politiques ». Ils souhaitent mettre en avant, tout au long du convoi, « les ravages causés par l’agriculture industrielle sur les ressources en eau. Il est temps d’agir, il est temps que les choses bougent car la question est cruciale et urgente ».
Ensuite, ce fut au tour des Soulèvements de la Terre qui commencèrent par exprimer leur émotion toute particulière. Eux qui ne pensaient pas pouvoir être présents comme initiés au début du projet, mais qui, suite à la décision du Conseil d’État de suspendre leur dissolution, sont présents et comptent bien faire entendre leur voix. Ils certifient que la volonté du gouvernement de diaboliser le mouvement a échoué et a même eu l’effet inverse. « 5 mois après l’annonce de leur volonté de dissoudre les Soulèvements de la Terre, il y a 150 000 personnes qui ont adhéré au mouvement, des centaines de comités sont nés, on sent que le mouvement est plus inarrêtable que jamais ». La décision du Conseil d’État est pour eux « un camouflet énorme pour Macron, Darmanin, le ministre de l’agriculture et la FNSEA ». Ils appuient le discours de leurs collègues de la Confédération Paysanne sur les « paroles fallacieuses » de la FNSEA, qui voudrait que les mouvements Anti-Bassine et Soulèvements de la Terre divisent les écologistes et les agriculteurs, alors que les deux mouvements sont pourtant composés d’écologistes et de paysans qui cherchent à avancer main dans la main, comme en témoigne ce convoi, et « qui œuvrent au quotidien pour une autre agriculture qui protège les sols, le ciel et les cours d’eau, et qui est déjà là et ne demande qu’à être appliquée ».
Vient le tour des Bassines Non Merci, et donc à Julien Le Guet de prendre le micro et de déclarer: « C’est un grand jour, c’est une page de l’histoire qui s’écrit aujourd’hui. On va se mettre en convoi avec des objectifs très clairs; aller rapporter nos revendications, nos doléances, nos griefs auprès des institutions qui aujourd’hui encore soutiennent et subventionnent les projets de méga bassines ». Un appel à rejoindre le convoi le 25 août 2023 à Orléans et à participer à la journée d’action pacifique est donc lancé aux habitants du bassin Loire Bretagne, mais aussi à toutes les personnes se sentant concernées. Au cours de cette journée, en se rendant à l’agence de l’eau Loire Bretagne, les porte-paroles du convoi espèrent rencontrer les élus du conseil administratif, du comité du bassin, le personnel et éventuellement le conseil scientifique dont la création remonte à seulement 6 mois. Il est également rappelé la date du 27 septembre 2023, jour où doit se tenir au tribunal administratif d’Orléans un recours porté par la Fédération Paysanne ainsi que 50 citoyens, portant sur le financement de 6 bassines dont celle de Sainte-Soline d’un montant de 9 millions d’euros.
Un autre collectif anti-bassine, BNM Aume-Couture, a également souhaité s’exprimer. Celui-ci est parti ce matin de Charente et ayant parcouru 30 km à vélo et en tracteur afin d’être présent, a souhaité présenter son combat qui a commencé en 2021 (date de création du collectif) avec « un projet de bassine le plus débile de France, d’une contenance de 300 000 mètres cubes d’eau ». La porte-parole rappelle l’autorisation de ce projet par la préfecture en 2021 et ce, malgré le refus de 120 habitants sur les 180 que compte la commune concernée, le refus du conseil municipal de la même commune, et un commissaire enquêteur qui aurait dit selon elle « qu’il ne fallait pas faire cette bassine-là ». Depuis, le collectif alerte sur les problèmes que subissent les deux rivières du nord de la Charente à sec chaque été, car en 20 ans ce sont 14 bassins qui ont été construits et qui pompent chaque hiver 3 millions de mètres cubes d’eau. Il est également cité que le directeur de la DDT (Direction Départementale des Territoires) aurait répondu au collectif concernant le cycle de l’eau : « il ne fallait pas se préoccuper de l’eau de l’hiver qui n’a rien à voir avec l’eau de l’été ».
Pour finir, la parole fut donnée au jeune collectif Lezay Natura 2000 qui vient de voir le jour et qui se soulève contre le projet d’installation d’un méthaniseur sur sa commune (voir nos articles précédents), terre d’accueil du départ du CONVOI DE L’EAU. Monsieur Le Guet en profite pour bien faire comprendre le lien entre bassine, cive (Culture Intensive à Vocation Energétique) et méthaniseur, prenant pour exemple la commune de Mauzé-sur-le-Mignon.
Tous partagent, dans leurs discours, le désir d’un moratoire avec arrêt immédiat de tous les projets de bassines en cours, afin de pouvoir travailler efficacement, participer aux débats et surtout être entendus. Chaque collectif est porteur de possibles solutions pour protéger la terre, l’eau et la santé en développant une agriculture plus raisonnable et locale. Les porte-paroles souhaitent également remercier les bénévoles qui encadrent ce convoi et soulignent le travail énorme fourni par ces personnes, sans qui rien n’aurait été possible. Ils tiennent également à remercier la Mairie de Lezay pour son accueil et pour avoir fourni des bancs, entre autres choses, pour le rassemblement d’aujourd’hui.
Cette conférence de presse fut suivi de diverse prises de paroles, voir lien en bas de pages, sur le déroulement, l’organisation du convoi et les diverses étapes à venir.
À 15h30, Le CONVOI DE L’EAU a enfin pu s’élancer pour un premier arrêt dans le centre de Lezay, afin d’ériger un cairn en hommage aux « 200 blessés, 4 mutilés et 2 victimes plus fortement impactés qui ont risqué de perdre la vie, sous les bombes du gouvernement » (Propos de Mr Julien Le GUET tenus lors de la conférence de presse). Ce cairn, en accord avec la mairie de Lezay, restera en place jusqu’à la fin du convoi prévu, rappelons-le, les 26 et 27 août 2023 à Paris pour une surprise. Bassine non merci informe également qu’une rencontre avec M. Gayet, maire de Lezay, est prévue après le convoi pour discuter et envisager la possibilité du maintien de ce cairn ou d’une autre structure afin de ne pas oublier. Puis ce fut enfin le départ du convoi vers Jazeneuil.
Notre équipe a toutefois pu constater un manque de signalisation, ainsi qu’une possible mise en danger des participants au convoi et des habitants de Lezay venus assister au départ. En effet, le centre-bourg de Lezay et toutes les rues menant à cette manifestation n’ont pas été fermées à la circulation par la préfecture. Deux véhicules, l’un tractant une caravane et faisant preuve de patience, et l’autre avec une conductrice beaucoup moins patiente, se sont retrouvés sur le convoi au moment du second départ du convoi, c’est-à-dire par la rue de la Moinauderie (D45) vers la rue du Pont de l’Arceau (D14). Le second véhicule a même réussi à se faufiler dans le convoi afin de passer quand même malgré les risques. Il était important pour notre équipe de journalistes bénévoles de mentionner ce fait, espérant que cette expérience de manque de signalisation et d’incivilité puisse aider les préfectures, les communes ainsi que les organisateurs du convoi pour la suite de leurs périples afin que tout se passe bien.
Marjorie Andrès.
